Les Actualités de Jean Louis von Hauck
Par Jean Louis von Hauck Auteur Historien
Le 8 décembre 1966, le plus jeune des académiciens, Maurice Druon, fait son entrée dans l'immortalité.
Elu par ses pairs au trentième fauteuil où il succède à Georges Duhamel, il sera reçu solennellement par le professeur Vallery-Radot qui lance à l'assistance:
"Vous êtes un homme heureux, à dix ans, vous pensiez déjà à l'Académie française, vous n'avez pas encore cinquante ans et votre désir s'est réalisé, vraiment les dieux vous ont été favorables".
Lors d'un entretien avec un journaliste qui souligne que ses origines lui ont ouvert le chemin des lettres il répond:
"Ce sont en effet les origines littéraires, elles se répartissent aux quatre points cardinaux puisque si l'on fait une coupe dans mon ascendance à à peu près un siècle de distance on trouve des gens qui certains sont au Brésil et d'autres sur l'Oural ou sur la Mer baltique et d'autres en Flandre et en Narbonnaise, ils ont tous ces ancêtres un point commun: ils sont tous passionnés pour les lettres, beaucoup pour les lettres antiques car aussi bien mes ancêtres brésiliens que mes ancêtres de la Narbonnaise étaient des traducteurs des poètes grecques et latins, l'un est devenu aussi un poète français, je veux parler de mon oncle Charles Cros, l'inventeur du Paléophone et l'auteur du Coffret de Santal .....".
Dès le lycée Michelet les couronnes se sont posées sur votre front:
Maurice Druon répond:
" Le Lycée Michelet à Vanves, je lui garde une grande gratitude, j'y ai fait toutes mes études dans cet ancien lycée du Prince Impérial il y a un très beau parc, de beaux horizons et où il y avait des maîtres merveilleux".
Fils naturel de Lazare Kessel et de Léonilla Samuel, le petit Maurice devient après le mariage de sa maman avec le notaire René Druon, Samuel Roger Charles Druon.
Il passe son enfance en Normandie à La Croix-Saint-Leufroy et après ses études il commence à publier à l'âge de 18 ans dans des revues et journaux littéraires.
En compagnie de son oncle Joseph Kessel il côtoie les grands noms de l'Aéropostale, Mermoz, Saint-Exupéry, Guillomet.
Lors de la seconde guerre mondiale, il est appelé sous les drapeaux en septembre 1939 et il publie dans Paris-Soir de Pierre Lazareff un article intitulé: "J'ai vingt ans et je pars".
Il se marie avec Geneviève Gregh le 16 novembre 1939 et divorcera le 6 mai 1954.
Elève officier de cavalerie au Cadre noire de Saumur en 1940 il participe aux combats menés sur la Loire.
Il rejoint les rangs des Forces françaises libres du Général de Gaulle à Londres. Maurice Druon devient l'aide de camp du Général de l'air François d'Astier de La Vigerie puis est attaché au programme "Honneur et Patrie" de la BBC.
Il écrit avec son oncle Joseph Kessel le chant des partisans sur une musique composée par la chanteuse et guitariste Anna Marly.
Il relate ses souvenirs de guerre dans son premier ouvrage qui a pour titre : "La Dernière Brigade" publié aux éditions Grasset en 1946.
En 1948, il reçoit le Prix Goncourt en publiant "Les Grandes Familles" aux éditions Julliard.
Avec "Les Rois Maudits", il gravit les marches de la renommée avec le succès de cette saga historique publiée à partir de 1955 et adaptée à la télévision française.
Maurice Druon entre à l'Académie française le 8 décembre 1966 et se remarie avec Madeleine Marignac en 1968. Il confiera à son oncle Joseph Kessel la mission de demander au père de sa future épouse sa main de crainte qu'elle ne la lui refuse.
Entre 1969 et 1970 il participe à la commission de la réforme de l'ORTF.
En 1973, il est nommé Ministre de la Culture sous la présidence de Georges Pompidou.
Il devient Secrétaire perpétuel de l'Académie française le 7 novembre 1985 et ouvre la Coupole à de grands noms tels que Fernand Braudel, Georges Duby et Claude Lévi-Strauss.
Maurice Druon restaure le site gallo-romain de Thésée et en 1965 en fait don au département du Loir-et-Cher en 1975.
Il achète en 1972 les ruines de l'Abbaye de La Faise située dans la commune d'Artigues-de-Lussac dans le Libournais où il passe du temps et reçoit de nombreuses personnalités. Maurice Druon disait l'avoir acquis " parce qu'ici on a beaucoup prié". Il y trouve la paix, la sérénité et y accumule oeuvres d'art et objets hétéroclites.
Maurice Druon rend l'âme à Dieu à Paris le 14 avril 2009 dans le 7ème arrondissement. Il repose dans les vestiges du choeur de l'église de l'Abbaye de La Faise, un ancien couvent cistercien.
A plusieurs reprises, j'ai eu le plaisir d'avoir des entretiens avec ce personnage brillant, lumineux et fastueux, notamment au sujet de la prestigieuse histoire du continent européen.
Notre dernière rencontre aura lieu en Août 2006 en Touraine, lors d'un dîner à l'Auberge du Prieuré au Clos Lucé d'Amboise.
A l'invitation de l'écrivain et journaliste Gonzague Saint-Bris étaient réunis ce jour là : Maurice Duon et son épouse, l'évêque Jean-Michel Di Falco, la princesse virtuose Caroline Murat et son mari, Hervé Vilard, Amanda Filipacchi et votre serviteur. Après le repas, fidèle à ses facéties, il se dirigea vers l'angle de la pièce près d'une cheminée monumentale ou se trouvait une armure et il se couvrit le chef d'un heaume en saluant ses amis comme un prince à la parade. C'est à la gare de Saint-Pierre des Corps qu'il quitta le sol de la Touraine pour rejoindre son antre Libournais.
Avec ses chapeaux, ses capes et son cigare, avec son allure de grand d'Espagne, il était du haut de son verbe flamboyant un personnage intense, romanesque à la vitalité conquérante, sauvage et solaire. La bibliothèque de son bureau encombré ou s'accumulait des dossiers et des archives historiques était peuplée par les oeuvres de ses maîtres à penser : Dumas, Hugo, Balzac. Un étage entier était dédié au Général de Gaulle.
Avec son autorité naturelle, la passion des mots, son goût du faste et son respect de la tradition Maurice Druon restera pour beaucoup l'incarnation de la France à travers l'esprit de la Résistance. Il restera assurément dans l'histoire et dans la mémoire des français pour le "Chant des Partisans'.
" Les mythes sont la mémoire du monde. En tout ce qui paraît nouveau, il convient de mesurer la part de l'oubli. Il vaut mieux penser que croire. "
Les mémoires de Zeus aux éditions Bragelonne.
Maurice Druon de l'Académie française.
Jean Louis von Hauck, écrivain historien chroniqueur conférencier, le mercredi 2 Avril 2025 à 00 h 50.
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